Histoire de l’écriture

Histoire de l’écriture

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INTRODUCTION

Les Égyptiens n’ont pas inventé l’écriture, car celle-ci est née vers 3300 ans avant J-C, en Mésopotamie. Les hiéroglyphes        égyptiens apparaissent un peu plus tard, vers 3100 avant J-C.
hieroglyphe.suiteChaque mot était écrit comme il se prononçait, avec seulement des consonnes. Il n’y avait pas de voyelles.
hieroglyphe-1

L ‘écriture égyptienne s’écrit et se lit de droite à gauche ou de gauche à droite et de haut en bas ou de bas en haut. Pour repérer le sens de la lecture, il faut regarder comment sont dessiner les signes.

Afin que les scribes écrivent plus vite les hiéroglyphes, ils adoptèrent l’écriture hiératique, qui se représente par des fragments de hiéroglyphe plus facile à rédiger. Celle ci était utilisée principalement dans l’administration.

Durant la XXVI ème dynastie les pharaons adoptèrent une vaste réforme administrative qui vit l’apparition de l’écriture démotique. Celle ci est une simplification de l’hiératique produit par les scribes qui demandait une écriture encore plus rapide et plus simple. Le démotique s’étendit à toute l’Égypte et l’écriture ne servit qu’aux document religieux.

Nous avons appris à déchiffrer les hiéroglyphes grâce à Champollion qui se servit de la pierre de rosette, sur laquelle était inscrit un texte en trois langues ( hiéroglyphe, démotique et grec ).

Rosetta_Stone
La pierre de Rosette
IIe siècle av. J.-C
Dynastie des Ptolémées, Égypte ancienne
British Museum, Londres (découverte – 1799)
Avant que l’alphabet ne soit inventé, des systèmes d'écritures basé sur des symboles pictographiques comme ces nombres utilisés à Babylone ou ces anciens hiéroglyphes (du grec hieron, «sacré» et gluphein, «graver») égyptiens couchés sur un papyrus
Babylonian_numerals
Nombres Babyloniens
anciens-hieroglyphes-egyptiens-papyrus_121-63004
anciens hiéroglyphes égyptiens papyrus
ou encore sur des tablettes cunéiformes, qu'on produisait en appuyant un stylet dans l’argile douce.
Prologue_Hammurabi_Code_Louvre_AO10237
Tablette de copie du prologue du Code de Hamourabi, première moitié du xviiie siècle av. J.-C. , musée du Louvre.
ou encore en Chine, les « écrits sur soie », boshu, dès le IVe siècle avant notre ère, mais les plus anciens retrouvés jusqu’ici proviennent d’une sépulture datée de 168 avant J.-C. à l’évidence, la présentation du texte, copié de droite à gauche en longues colonnes sur des pièces de soie rectangulaires, s’inspirait alors des « livres de bambou », jianshu, qui eurent cours en Chine   dès les temps les plus anciens, et dont les plus vieux spécimens retrouvés remontent à l’époque des Royaumes combattants (Ve-IIIe siècle avant notre ère).


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La sutra de la Grande Sagesse Moheboreboluonijing, Chine fin du Vème siècle.
Manuscrit, encre sur soie 26,5 x 830 cm
BnF, Manuscrits orientaux, Pelliot chinois 4504.
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Alphabet Ugarit
Louvre_Langue_ougaritique_Tablette_poeme_mythologique_AO16641_et_16642_rwk
Exemple d’écriture ougaritique – Louvre
            
Parce que   ces méthodes exigeaient  l'utilisation d'une       pléthore de symboles, l’écriture était complexe et  s'est     limité à un petit groupe de scribes hautement qualifiés.
 Pendant le deuxième millénaire av. J.-C   (évalué entre 1850 et 1700 av. J.-C), Un groupe des gens(du peuple)   utilisant  un parler Sémitique  a adapté un sous-ensemble de hiéroglyphes égyptiens  pour représenter les sons de leur langue. 
On considère souvent ce scénario comme Proto-Sinaitic et comme le premier système d’écriture alphabétique, où des symboles       uniques ont signifié des consonnes seules (simples)      (les voyelles sont  omises). 
Écrit de droite à gauche et étendu par les marchands maritimes Phéniciens qui ont occupé la partie du Liban moderne, la Syrie et Israël, cet alphabet consonantique connu comme un alphabet abjad est consisté de 22 symboles assez simples pour des commerçants  ordinaires pour apprendre et dessiner (compter), rendant son utilisation beaucoup plus accessible et d'où  sa propension à se répandre.

Au 8ème siècle av. J.-C, l’alphabet Phénicien s’était répandu en Grèce, où il a été affiné (raffiné) et amélioré(augmenté)       pour enregistrer la langue grecque. Quelques caractères Phéniciens ont été gardés et d’autres ont été enlevés, mais l’innovation primordiale était l’utilisation de lettres pour représenter des voyelles. 
Beaucoup d’érudits croient que c’était ce complément  – qui a permis au texte d’être lu et prononcé sans ambiguïté – et qui      aurait marqué la création du premier « vrai » alphabet.

La langue grecque  était à l’origine écrite de droite à gauche, mais s'est muée  finalement en boustrophedon       (Une écriture boustrophédon est un système d'écriture qui change alternativement le sens du tracé ligne après ligne, à la manière du bœuf      marquant les sillons dans un champ, allant de droite à gauche puis de gauche à droite.) – où donc la direction d’écrire alterne  avec chaque ligne. 
Au 5ème siècle av. J.-C, la direction s’était installée dans le modèle que nous utilisons aujourd’hui, de droite de sommet à     gauche. Au fil du temps, l’alphabet grec a donné naissance plusieurs autres alphabets, y compris le latin.

Alphabet

 alphabet Samaritain
alphabet Samaritain

Source: http://culmus.sourceforge.net/ancient/Samples/Hebrew-Samaritan.pdf

Sample text in the Samaritan alphabet
Échantillon de texte en Samaritain

Sample text - Article 1 of the Universal Declaration of Human Rights in Samaritan

Traduction

Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent    agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité
(hem, on dirait bien l'article 1 de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme!)

Abjads / alphabets consonantiquesAbjads

Abjads ou alphabets consonantiques , ne représentent que les consonnes seulement, ou les consonnes plus quelques voyelles avec parfois une indication de voyelle complète ( vocalisation ) qui peut être      ajoutée généralement au moyen d' diacritiques , mais cela ne fait habituellement .                     La plupart des alphabets abjads , à l'exception de l'ougaritique , s'écrivent de droite à gauche .

Alphabets abjad encore utilisés:alpha1

Alphabets abjad qui ne sont guère plus utilisés:

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Eshmunazor II, roi deSidon (ve siècle) 
Détail du sarcophage d’Eshmunazor II, roi deSidon (ve siècle) ; son couvercle porte la plus longue inscription phénicienne d’époque perse connue.

L’alphabet phénicien

L’alphabet phénicien (appelé par convention alphabet protocananéen pour les inscriptions antérieures à 1200 av. J.-C.) est un ancien abjad, un alphabet consonantique nonpictographique.
Il était utilisé pour l’écriture du phénicien, une langue sémitique utilisée par la civilisation phénicienne. Il s’agit d’un abjad, car il ne note que les sons consonantiques (une mater lectionis fut utilisée pour certaines voyelles dans des variétés tardives).

L’alphabet phénicien est devenu l’un des systèmes d’écriture les plus utilisés, transmis par les marchands phéniciens dans le monde méditerranéen où il a évolué et a été assimilé par de nombreuses cultures.

L’alphabet araméen, une forme modifié du phénicien, est l’ancêtre de l’alphabet arabe moderne, tandis que l’alphabet hébreu est une variante stylistique de l’araméen.

L’alphabet grec (et par extension ses descendants, les alphabets latin, cyrillique et copte) est un successeur direct du phénicien, bien que la valeur de certaines lettres ait été changée pour représenter les voyelles.

Les lettres de l’alphabet phénicien étant à l’origine incisées avec un style, leur forme est anguleuse et droite, bien que des versions cursives soient de plus en plus attestées au fil du temps, culminant avec l’alphabet néo-punique d’Afrique du Nord.

Le phénicien était généralement écrit de droite à gauche, bien que certains textes soient écrits en boustrophédon.

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En 2005, L’UNESCO a enregistré l’alphabet phénicien sur le programme de la Mémoire du monde comme héritage du Liban.

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Chaque lettre de l’alphabet phénicien a donné naissance à d’autres formes dans les écritures dérivées. De gauche à droite : latin, grec, phénicien, hébreu, arabe.

L’alphabet paléo-hébraïque, utilisé pour écrire l’hébreu primitif, est un rejeton régional du phénicien ; il lui est quasiment identique. L’alphabet samaritain, utilisé par les Samaritains, est un descendant direct de l’alphabet paléo-hébraïque.

L’alphabet araméen, utilisé pour écrire l’araméen, est un autre descendant du phénicien. L’araméen étant lingua franca du Moyen Orient, il fut largement adopté. Il s’est par la suite divisé en plusieurs alphabets apparentés, dont les alphabets hébreu, syriaque et nabatéen, dont la forme cursive est un ancêtre de l’alphabet arabe.

L’alphabet copte, toujours utilisé en Égypte pour la langue liturgique copte (descendant de l’ancien égyptien) est principalement basé sur l’alphabet grec, avec l’ajout de quelques lettres pour des sons n’existant pas en grec à l’époque ; ces lettres sont basées sur le démotique.

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Dans la mythologie grecque, Cadmos, Kadmos ou Cadmus (en grec ancien Κάδμος / Kádmos, en latin Cadmus), fils d’Agénor (roi de Tyr en Phénicie) et de Téléphassa, et frère de Phénix, Cilix, Europe, Thasos et Phinée, est le fondateur légendaire de la cité de Thèbes (en Béotie). Les Grecs ont crédité Cadmos de l’introduction en Grèce de l’alphabet phénicien.

Selon Hérodote le prince phénicien Cadmos se voit attribuer l’introduction de l’alphabet phénicien [Hérodote, qui rapporte ce fait, estime que Cadmos a vécu environ 1600 ans avant lui, soit vers 2000 av. J.-C.] — φοινικήια γράμματα, phoinikếia grámmata, « lettres phéniciennes » — auprès des Grecs, qui l’adaptent pour créer leur propre alphabet. Hérodote estime que Cadmos a vécu 1600 ans avant son époque, soit vers 2000 av. J.-C. Les écrits d’Hérodote ne sont toutefois pas utilisés comme source standard par les historiens contemporains.

L’alphabet grec dérive toutefois de l’alphabet phénicien.

La phonologie du grec ancien étant différente de celle du phénicien, les Grecs modifient l’écriture phénicienne pour mieux rendre leur langue. Il est plus important en grec d’écrire les sons voyelles : le phénicien étant une langue sémitique, les mots sont basés sur des racines consonantales qui autorisent la suppression des voyelles sans perte de sens, une caractéristique absente du grec d’origine indo-européenne (à moins que les Phéniciens n’aient fait que suivre l’exemple des Égyptiens, qui n’écrivaient jamais les voyelles ; le cunéiforme akkadien, qui sert à écrire une langue sémitique proche, les indique systématiquement). Dans tous les cas, les Grecs adaptent les signes consonantaux phéniciens absents en grec : l’initiale phénicienne de chaque nom de lettre est supprimé et le signe prend la valeur de la voyelle suivante. Par exemple, ʾāleph, qui désigne un coup de glotte en phénicien, est réattribué à la voyelle /a/ ; he devient /e/, ḥet devient /eː/ (une voyelle longue), `ayin devient /o/ (car la pharyngalité altère la voyelle suivante), tandis que les deux semi-consonnes wau et yoddeviennent /u/ et /i/ (certains dialectes grecs, qui possèdent /h/ et /w/, continuent toutefois à utiliser les lettres phéniciennes pour ces consonnes).

L’alphabet latin dérive de l’alphabet étrusque, lui-même dérivant d’une forme d’alphabet grec utilisé dans les colonies d’Italie du Sud. L’origine de l’alphabet runique est contestée, les théories principales supposant qu’il a évolué de l’alphabet latin, d’un alphabet italique antérieur ou de l’alphabet grec. Les runes sont néanmoins clairement dérivées d’une ou plusieurs écritures qui remontent au bout du compte à l’alphabet phénicien.

L’alphabet cyrillique dérive quant à lui de l’alphabet grec.

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Evolution de l’alphabet phénicien

Nom des lettres

Le nom des lettres phéniciennes n’est pas directement connu. On suppose que les Phéniciens utilisaient un système acrophonique  pour les nommer, c’est-à-dire que le nom de chacune débute par la lettre elle-même.
Ces noms sont essentiellement les mêmes que dans les scripts parents, qui à leur tour dérivent de la valeur des mots que les pictogrammes hiéroglyphiques à l’origine des caractères représentent.
Ces mots d’origine sont traduits depuis l’égyptien et le son initial de chaque mot traduit devient la valeur de chaque lettre

Graphème

Le tableau suivant recense les 22 graphèmes qui constituent l’alphabet phénicien. Les formes de lettres présentées ici sont idéalisées : l’écriture phénicienne est en réalité plus brute et plus variable en apparence. Il existe également des variations significatives suivant l’époque et la région.

L’alphabet phénicien suit l’ordre levantin, qu’il transmet à ses descendants.

Le premier ordre alphabétique, déjà très proche du nôtre, est attesté à la fin de l’âge du bronze, avec le premier alphabet sémitique, celui d’Ougarit, un alphabet consonantique (abjad) en cunéiforme. Il s’est poursuivi dans un autre alphabet également consonantique sans lien pour la forme mais lié linguistiquement, celui du phénicien, d’où sont issus les principaux alphabets actuels : alphabet grec et ses avatars (alphabets gotique, cyrillique et latinen passant par l’étrusque), mais aussi alphabets araméen, syriaque, hébreu, arabe, etc.

La translittération suit les conventions habituelles pour les langues sémitiques. Les valeurs phonologiques sont données en alphabet phonétique international. Les consonnes emphatiques des langues sémitiques étant interprétées comme d’anciennes éjectives, elles sont ici analysées comme telles.

Le tableau présente également l’évolution des graphèmes phéniciens dans les autres alphabets. Leur valeur sonore a souvent changé de façon significative, soit à la création de ces alphabets, soit à cause de modifications dans la prononciation des langues.

Lorsque l’écriture alphabétique débute en Grèce, les graphèmes sont similaires à ceux des phéniciens, mais pas identiques ; des voyelles sont ajoutées car l’alphabet phénicien n’en contient aucune. Il existe également des variations distinctives entre les écritures des différentes parties de Grèce, principalement pour les caractères phéniciens qui ne possèdent pas de correspondance exacte pour les sons grecs.

L’alphabet ionien conduit à l’alphabet grec standard vers le ive siècle av. J.-C. ; un autre évolue vers l’alphabet latin, ce qui explique de nombreuses différences entre les deux. À l’occasion, les Phéniciens utilisent un court tiret ou un point comme séparateur entre les mots.

Certains alphabets ultérieurs rajoutent des lettres pour tenir compte de spécificités linguistiques. Les lettres grecques Υ, Φ, Χ, Ψ et Ω sont ajoutées après l’emprunt des lettres phéniciennes ; elles apparaissent d’ailleurs à la toute fin de l’alphabet grec.

L’alphabet arabe compte en plus les lettres ث, خ, ذ, ض, ظ et .

graphème

’ALPHABET GREC EST LE PERE de nos alphabets occidentaux : tous les alphabets en usage en Europe lui sont apparentés. Les Grecs, même s’ils n’ont pas à proprement parler inventé l’alphabet, ont donc joué un rôle capital dans le développement de la civilisation occidentale.

Le terme même d’ «alphabet» est issu de la combinaison du nom des premières lettres de cet ensemble de lettres qui servit à transcrire la langue grecque: alpha et beta. Le terme d’alphabetos n’est apparut que tardivement dans la langue grecque, après que le bas latin eut bricolé ce terme barbare. Les Grecs utilisaient pour désigner leurs lettres l’expression ta grammata.

L’écriture a d’abord été en Grèce, le fait des commerçants et des prêtres. Les premiers écrits en vers furent des chants religieux et des formules magiques, et les premiers écrits en prose, des contrats de prêt. Mais elle a également permis la fixation des textes littéraires les plus parfaits, qu’il s’agisse de «la grande houle» des vers d’Homère ou du flot paisible de la prose de Platon.

Son histoire n’est toutefois pas linéaire. L’alphabet grec tel que nous le connaissons aujourd’hui, est en effet le fruit d’une longue maturation qui a duré près de cinq siècles.

Du phénicien au grec

A LANGUE d’Homère, de Platon, de Sophocle a été couchée par écrit non par le biais d’une invention grecque, mais par l’adaptation d’un système alphabétique né ailleurs sur les côtes méditerranéennes.

Les écritures grecques archaïques

Ce qui semble bien être le plus ancien exemple d’écriture en Grèce est constitué par des pictogrammes retrouvés en Crète et encore indéchiffrés. Il semble que cette écriture pictographique soit à l’origine d’un autre système d’écriture apparu en Crète au début du minoen moyen (entre approximativement 1750 et 1650 av. J-C), cette écriture n’a pas encore été déchiffrée, et l’on ignore même si la langue mise par écrit était un dialecte grec. Cette écriture cursive, dont la graphie repose essentiellement sur la composition de lignes, a été baptisé par l’archéologue Evans, Linéaire A. Elle a été employée sur tout le domaine de la mer Égée, Troie incluse, de 1700 à 1400. Elle utilise 76 signes syllabiques dont 6 différent du Linéaire B, de signes idéogrammiques et numériques, dont des fractions.

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Linéaire B Tablette de Knossos -ca XVIIème siècle av. J-C.

Un peu plus tardivement (entre 1680 et 1580 env.), une nouvelle écriture se répand, le Linéaire B. Cette écriture cursive, utilisant 158 idéogrammes, 87 signes syllabiques, 11 signes de poids et de mesure, 5 signes numériques, fut déchiffrée par des Britanniques, Ventris et Chadwick en 1952, grâce aux techniques employées par l’Intelligence Service au cours de la Seconde Guerre mondiale pour décoder les messages de l’armée allemande. Il s’agit d’une écriture à la fois syllabique et idéographique. Cette écriture note une langue grecque mais ne survécut pas au déclin de la civilisation minoenne et aux invasions de la Crète et cessa donc d’être utilisée vers 1100.

L’île de Chypre connut également un système d’écriture, un syllabaire en usage jusque la période hellénistique (IIème siècle).

L’alphabet, une invention phénicienne

C’est donc plutôt du côté du Levant qu’il faut chercher l’origine de l’alphabet grec. L’ancien alphabet sémitique est d’abord un emprunt à la civilisation égyptienne. Le principe de fonctionnement de cette écriture pseudo-hiéroglyphique protocananéenne était celui de l’acrophonie: Chaque pictogramme symbolisait le tout premier son du mot sémitique représenté. Le signe de la maison, baytu représentait la « lettre » ‘B’. Or, dans toute langue sémitique, un mot ne peut commencer que par une consonne; un alphabet acrophonique ne peut donc qu’être consonnantique.

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Inscription pseudohiéroglyphique Spatule d’Asdrubal ca XIVème siècle av. J-C

L’influence égyptienne n’est pas l’unique influence à laquelle le pays de Canaan était alors soumis.nscription

Le puissant royaume d’Akkadie s’étendait alors et sa civilisation se répandait avec au premier chef sa langue et son système d’écriture, le cunéiforme. Cette écriture a pour caractéristique d’être profondément liée à son support et à l’outil qui en assure la gravure. Sur des tablettes d’argile, de la pierre, une sorte de petit burin permettait de graver de petites encoches, des coins. Le système d’alphabet hiéroglyphique des Canaanéens fut transposé sur ces supports par ce type d’outils aux alentours du XIVème siècle avant J-C. Les principales traces de cette transposition sont celles laissées à Ugarit, l’actuel Ras Shamra, dont le fameux abécédaire à 30 signes cunéiformes est l’exemple le plus frappant.

Le cunéiforme disparu, l’alphabet linéaire poursuivit son évolution. Avant la fin du XIIème siècle avant J-C, l’alphabet classique de 22 lettres arrivait à maturité après un millénaire d’évolution depuis l’invention des hiéroglyphes. La graphie des lettres se stabilisait de même que le sens de la lecture qui se faisait désormais de droite à gauche. L’alphabet phénicien découpait la syllabe en unités simples, les consonnes, et négligeait les voyelles qui servaient à les prononcer. L’acquis décisif demeurait: l’utilisation d’un ensemble réduit de signes graphiques pour symboliser la langue articulée.

La problématique grecque

La langue grecque, qui appartient au groupe indo-européen comme le persan, le sanscrit et la plupart des langues européennes, offrait des particularités qui en rendaient la notation difficile, que ce fût par l’écriture syllabique crétoise ou par l’écriture alphabétique consonnantique phénicienne. En effet, la difficulté inhérente à toute écriture syllabique est de rendre la consonne isolée, non suivie d’une voyelle. Or les groupes de deux ou trois consonnes sont monnaie courante en grec.

D’autre part, un texte grec dont les voyelles ne sont pas notées est complètement inintelligible. Enfin le système des consonnes grecs semble avoir différé profondément aussi bien de celui de l’égéen, qui ne paraît pas avoir distingué les occlusives sonores des sourdes, que de celui du phénicien, qui ignorait les aspirées grecques, mais possédait en revanche plusieurs gutturales inconnues du grec et était plus riche que lui en chuintantes et en sifflantes.

L’élaboration des alphabets grecs

E PROCESSUS D’ELABORATION de l’alphabet grec tel que nous le connaissons aujourd’hui, ne s’est pas fait du jour au lendemain. De plus, la structure politique éclatée de la Grèce antique, favorisait l’émergence de particularisme locaux forts. On distingue ainsi les alphabets archaïques, employés à Théra et à Mélos, les alphabets orientaux d’Asie Mineure, des îles orientales de la Mer Egée et du nord-est du Péloponèse (Argos, Corinthe, Mégare et leurs colonies) ainsi que ceux du nord-ouest de l’Egée et de l’Attique et les alphabets occidentaux, employés dans la plus grande partie de la Grèce continentale (Laconie, Arcadie, Béotie, Phocide, Thessalie, Eubée mais aussi dans les colonies de Sicile et d’Italie méridionale). Ces systèmes scripturaux servirent dans un premier temps à retranscrire les quatres principaux dialectes grecs: l’éolique, le dorique, l’ionique et l’attique.

Les mutations de l’alphabet phénicien

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Du protosinaïtique au grec…

Pragmatiques, les Grecs vont transformer l’alphabet phénicien en l’adaptant à leur langue. Dans un premier temps, ils affectèrent à certaines consonnes phéniciennes, des valeurs à peu près similaires dans leur langue. Ainsi, le signe du samek phénicien fut affecté à la consonne grecque de prononciation voisine ‘s’. Après de nombreuses modifications d’orientation, ce caractère se stabilisa sous la forme du sigma, ‘S’, tandis que le têt fut affecté à la notation du son th sous la forme du ‘Q’ et que le qof, q, servit à noter le k et reçut le nom de koppa (‘K’). Le zain sémitique, servit à noter le son grec dz sous la forme ‘Z’.

Mais l’invention la plus significative des Grecs constituera à attribuer à certaines lettres phéniciennes dont ils n’avaient pas l’usage la valeur de voyelles. C’est ainsi que naquirent le alpha (‘A’), l’epsilon (‘E’), l’omicron (‘O’) et l’upsilon (‘Y’). Pour la sonorité i, ils inventèrent ex nihilo une lettre, le iota. Cette «lumière des voyelles» pour reprendre l’expression d’Etiemble, c’est l’apport décisif que vont faire les Grecs à l’histoire de notre civilisation.

Le problème pour les Grecs n’était pas seulement de trouver un emploi pour les lettres sémitiques qui ne correspondaient pas à des consonnes de leur langue mais également d’arriver à noter tous les sons de cette dernière. C’est ainsi que le son ph, fut d’abord noté ‘PH’ avant de se stabiliser sous la forme ‘F’. Le son kh fut attribué à l’ancien taw sémitique, ‘C’, resté sans emploi en grec. Le groupe consonnantique ps, fut d’abord noté ‘PS’, mais les Ioniens recoururent rapidement au signe ‘Y’ pour le représenter.

Ainsi, progressivement, son par son, signe par signe, s’élabora l’alphabet grec avec des différences notables selon les régions, mais suivant toujours le même processus: celui de l’adaptation du vieil alphabet sémitique à la langue grecque. Ceci explique d’ailleurs que les Grecs aient dans l’ensemble hérité des Phéniciens à la fois l’ordre dans lequel sont rangées les lettres et les noms de ces lettres. L’alpha rappelle indubitablement l’aleph phénicien, le bêta, le beth phénicien, etc.

Une longue évolution

Au début les mots étaient écrits sans séparation; plus tard on les sépara les uns des autres. Dans le même ordre d’idée, les accents sont apparus progressivement dans l’alphabet grec. La langue grecque avait en effet cette particularité de posséder un accent musical qui se traduisait dans chaque mot par un changement de hauteur portant sur une des syllabes de ce mot. L’alphabet que les Grecs avaient hérité des Phéniciens ne tenant pas compte de telles nuances, les grammairiens alexandrin Aristophane de Byzance (ca -240) et son disciple Aristarque de Samothrace inventèrent les trois accents de l’écriture grecque: aigu, grave et circonflexe.

Jusqu’au VIème siècle, l’écriture grecque n’était pas encore stabilisée. Chaque cité grecque archaïque, traditionnellement jalouse de son indépendance, imposaient des graphies très différentes aux lettres. Ainsi, aux côtés de l’alphabet grec ionien, coexistaient différentes variantes de cet alphabet employés en Asie Mineure pour noter le grec et des dialectes locaux. Pour mémoire, il est possible ainsi de mentionner l’existence des alphabets phrygien, pamphylien, carien, lydien et lycien.

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Inscription en boustrophédon Stèle, Théssalie, ca 550 av JC.

De même le sens de lecture n’était pas encore définitivement fixé. On pratique ainsi le spéirédon (lecture en spirale), le stoïchédon (alignement horizontal et vertical des lettres) et le boustrophédon. Dans ce dernier système, le sens de lecture progressait à l’horizontale, alternativement dans un sens et dans le sens opposé, à la manière des bœufs au labour, revenant sur leurs pas à la fin de chaque sillon (bous: bœufs; strephein: tourner). Le boustrophédon constitue peut-être l’intermédiaire entre le sens phénicien, de droite à gauche, que les Grecs adoptèrent dans un premier temps et le sens ionien de gauche à droite.

Stabilisation de l’écriture grecque

L’année -403 marque un tournant décisif dans l’histoire de l’alphabet grec. En effet, sous l’archontat d’Euclide, Archinos fait adopter à Athènes une disposition stipulant que les textes des lois, consignés jusqu’alors dans l’alphabet local, seront réédités dans l’alphabet de Milet dit ionien, qui donnait sa préférence au sens gauche-droite. Les autres villes grecques, suivirent progressivement cet exemple, reconnaissant officiellement la supériorité de cet alphabet. Au IVème siècle, l’unification des alphabets grecs était à peu près réalisée. C’est un fait important dans l’histoire de la civilisation, car l’adoption de ce même type d’écriture coïncide approximativement avec la création d’une langue grecque commune, koiné dialektos, qui fut employé par tous les Héllènes ayant quelque culture, processus déterminant dans l’établissement du sentiment national grec.

Evolution de l’écriture grecque

E DESSIN DES CAPITALES est fort simple et rigoureusement logique. Pour reprendre la théorie d’Alphonse Dain, chaque lettre est un assemblage d’éléments primitifs que sont le trait et le rond (I & O).

Avec un trait on obtient le iota (I) et avec deux traits inscrits dans un carré, on obtient le gamma (G), le lambda (L), le tau (T) et le chi (C). Avec trois traits, on obtient le delta (D), le Zêta (Z), le êta (H), le nu (N) et le pi (P) tandis qu’avec quatre traits on obtient l’epsilon (E), le mu (M), le sigma (S) et le xi (X) [La capitale archaïque du xi est traversée par une barre verticale].

Les lettres rondes sont l’omicron (O) et l’omega (W). En gravant au milieu du cercle un point ou une barre, on obtient le thêta (Q) et le phi (F). Enfin, le bêta est fait d’une barre et de deux moitiés de cercles (B) alors que le rhô ne présente qu’une panse supérieure (R).

L’intérêt d’une telle standardisation est pour Rémy Peignot, l’harmonie «quasi musicale (qui) naît du jeu rythmique des traits. (…) Dans l’assemblage des lettres, des notes en lignes et en page, le retour périodique de formes simples facilite la lecture; cela plaît à l’œil qui s’y retrouve».

De l’influence des supports sur le dessin des lettres

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Alphabet grec

Toutefois, le dessin des lettres va se mettre à se redifférencier, cette fois en fonction du support d’écriture utilisé. L’écriture monumentale ou lapidaire, est celle que l’on va utiliser pour graver sur la pierre les documents officiels. De forme rectiligne et anguleuse, elle se distingue nettement des rondeurs de l’écriture des scribes maniant le calame. Dès le IVème siècle, l’écriture courante va être celle sur papyrus. Les Grecs ont en général, utilisé le papyrus de la même manière que les Egyptiens. A ses débuts, l’écriture sur papyrus était très proche de l’écriture épigraphique; appellée écriture scolaire, ses caractères ne sont pas liés entre eux, les mots ne sont pas séparés les uns des autres, les lettres E, S, W gardent leur forme anguleuse mais commencent à apparaître les formes arrondies dans les autres lettres. On ne laissait pas d’espace entre les mots et pour indiquer qu’on passait d’un sujet à un autre, on traçait un petit trait horizontal appelé paragraphos, qui signifie, «écrit sur le côté».

On écrivait en colonnes sur des bandes de parchemins ou de papyrus longues de six à neuf mètres et que l’on enroulait autour d’un bâton. Ces rouleaux prirent le nom de biblos du nom de la cité phénicienne qui fit connaître le papyrus aux Grecs. Un rouleau plus petit s’appelait biblion. Lorsque le rouleau faisait partie d’un ensemble on l’appelait tomos, c’est à dire la coupure.

Les écritures grecques médiévales

A côté de cette écriture fondamentale, d’autres genres se développèrent très rapidement. L’écriture calligraphique était proche du type scolaire mais le gabarit des caractères, leur écartement, leurs enjolivements étaient calculés de façon à produire une impression artistique; c’est l’écriture des manuscrits. Elle évitait les ligatures, ne séparait pas les mots et était appelée également onciale ou parfois biblique, par qu’on la retrouve dans les trois grands manuscrits bibliques que sont le Codex Vaticanus, le Codex Sinaiticus et le Codex Alexandrinus.

L’écriture cursive était l’écriture courante, ou étirée comme disaient les Grecs eux-mêmes. Plus rapide que l’onciale, elle se distingua nettement de sa parente à partir du IIIème siècle av J-C. Les traits essentiels de la cursive étaient d’une part, la tendance à lier entre eux les caractères d’écriture, dans la mesure où leurs formes s’y prêtaient, et à en simplifier le tracé, à le rendre plus coulant.

Entre les deux, il existait une écriture administrative dite de chancellerie qui se rapprochait de la cursive mais ses lettres étaient grandes, grêles et stylisées, et l’écriture personnelle, celle des gens d’une certaine culture.

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Exemple d’écriture onciale grecque Codex Sinaiticus, ca IVe siècle

L’onciale évolua peu et subsista sous cette forme quand on substitua le parchemin au papyrus; elle resta le type même de librairie. La cursive subit elle une transformation radicale qui finit par aboutir à la minuscule. Cette dernière a dégagé et précisé une des caractéristiques alors embryonnaire de l’écriture de chancellerie, à savoir le système des quatres lignes. Les lettres de l’écriture monumentale, comme celle de l’onciale et de notre capitale latine, sont en effet toutes de la même hauteur: on peut en délimiter leur tracé par deux lignes.

Au début du IVème siècle, la chancellerie impériale, désormais fixée à Constantinople, imposa la cursive byzantine qui subit l’influence de la cursive latine contemporaine, au point que les deux écritures pouvaient facilement se confondre. Cette nouvelle cursive a joué un rôle décisif lors de la véritable renaissance qu’a connue au VIIIème siècle l’Empire byzantin. La nouvelle écriture grecque, celle qui est aujourd’hui encore employée tant pour les livres imprimés que dans la vie courante, la minuscule, s’est en effet formée à partir de la cursive: tout en gardant certaines ligatures usuelles et claires, elle a séparé les lettres, réintroduit, aux IXème et Xème siècles, certaines formes onciales, réduit la dimension des lettres et su allier à la clarté des onciales la fluidité et la rapidité des cursives; elle a conservé et régularisé l’usage des signes diacritiques, esprits et accents, introduits par les Alexandrins.

CONCLUSION

Signe de civilisation

’ALPHABET adapté en Grèce aux alentours du VIIIème siècle avant J-C eut un grand rôle dans l’histoire des civilisations. Il permit la conservation du savoir qu’allait accumuler l’hellénisme et assura sa transmission jusqu’à nos jours. Il permit également aux anciens Grecs de conserver les mouvements de leur esprit, leurs lois, leurs décrets, l’expression de leur piété, de transmettre leurs rites initiatiques, leurs méditations philosophiques, leurs comptabilités…

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Copie de l’inscription de l’arc romain de Thessalonique IIe siècle ap. J-C.

La Civilisation grecque est la première civilisation qui reposa en une si grande part sur l’écrit. Et ceci, grâce à la lecture facile d’un alphabet: la démocratie aurait-elle pu naître si les citoyens n’avaient pu avoir accès aux décrets et aux lois? Les écritures nées en Mésopotamie ou en Égypte réservaient la lecture à une élite au rôle social défini. La Grèce inventa la démocratie, laquelle semble bien être le corollaire d’une autre invention: la pédagogie. Or, comment éduquer sans l’écrit…?

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